TAKENOKO – Scrountch le bambou

Takenoko
Auteur(s) : Antoine Bauza
Illustrateur (s) : Nicolas Fructus, Yuio, Joël Picksel
Éditions : ,
Genre : jeu de plateau
Mécanisme (s) : placement, gestion
Thème : Asiatique
Année : 2011
À partir de 8 ans
2 à 4 joueurs
Durée d’une partie : environ 45 min.
Indicateur de prix : 40 euros environ

Jeune pousse contre grosse faim

Le bambou est une plante fabuleuse, qui pousse très vite. Le bambou résiste au vent, sa forte tige se prête à bien des usages humains, tant pratiques qu’esthétiques. Sans oublier la symbolique, un peu comme le roseau en occident, le bambou s’incline sans céder. Le vent fait bruisser délicatement ses feuilles et les flûtes de bambou bercent d’une douce musique les soirées calmes.

Le panda, l’ours-chat de Chine, le bambou il le bouffe. Ouaip, symbolique, musical, robuste ou pas, c’est scrountch-scrountch à longueur de journée car le bestiau est plutôt imposant et son appétit est féroce. L’empereur de Chine a offert un panda géant à l’empereur du Japon et vous êtes son jardinier. Faire pousser une belle bambouseraie et vous distinguer des autres jardiniers n’est pas évident, d’autant qu’il va falloir compter avec un énorme herbivore à la dent dure. Sachez le, les pandas ont 42 dents !

 

Takenoko : mécanismes de jeu

Takenoko est un jeu familial, à pratiquer de deux à quatre joueurs à partir de huit ans. Chacun pose devant lui une petite fiche cartonnée qui va à la fois lui servir de pense-bête et de lieu de stockage. Le jeu va se jouer au centre de la table et se construire au fur et à mesure que les joueurs placent des hexagones qui sont autant de parcelles de la bambouseraie. En début de partie il n’y a que la case centrale, un petit lac.

Le but du jeu va être d’accumuler les points de victoire que l’on obtient en réussissant les objectifs fixés par des cartes. Chaque joueur commence avec trois cartes objectifs et pourra en acquérir d’autres, la partie se finira par un dernier tour dès qu’un joueur aura réalisé sept objectifs. Trois types de cartes et trois niveaux de difficultés : nourrir le panda, créer des parcelles irriguées d’une certaine forme, réussir un objectif jardinier plus complexe.

Takenoko

 

Un petit tour du jardin

Le tour de jeu est simple et commence par un lancé de dé, pour déterminer la météo, le truc essentiel pour les cultures, ensuite le joueur aura deux actions à effectuer.

Si c’est soleil ce sera une action bonus et donc trois actions, si c’est pluie il sera possible de faire pousser du bambou (un étage de plus) sur une parcelle irriguée. S’il vente le joueur pourra faire deux fois la même action, si le temps tourne à l’orage le panda aura la trouille et le joueur pourra le déplacer dans une autre case où bien sûr il croquera un bambou pour se remettre de l’émotion. Si le temps est nuageux le jardinier fera des aménagements (petit bassin d’irrigation, clôture anti-panda, double-rateau qui fait pousser plus vite). Enfin si le dé tombe sur un point d’interrogation il sera possible de choisir le résultat du dé météo.

Après la météo viennent les deux actions du joueur. Il est ainsi possible de :

– piocher trois parcelles faces cachées, d’en choisir une et de la poser sur le plateau. Il pousse illico un bambou de la couleur de la case (vert, jaune ou rose) si elle est irriguée c’est à dire en contact direct avec le lac central ou avec un canal d’irrigation ;

– prendre un canal d’irrigation (bâton bleu), le stocker pour plus tard ou le placer directement sur le plateau, à la limite entre deux hexagones ;

– déplacer le jardinier qui va faire pousser le bambou sur la case où il est arrivé, ainsi que sur les cases adjacentes de même couleur, à condition que les cases soient irriguées… ;

– déplacer le panda qui va croquer du bambou sur sa case d’arrivée ;

– piocher une carte d’objectif dans l’une des trois pioches d’objectifs.

Le bambou, sa vie, son œuvre

Faire pousser du bambou pour l’empereur du Japon n’est pas aussi simple que cela, il faut respecter des règles strictes et immuables, forgées par une longue tradition.

Le bambou ne pousse que sur des cases irriguées, il pousse de la couleur de la case et il ne dépasse jamais quatre hauteurs. La première fois qu’une case est irriguée, il y pousse un étage de bambou. Le jardinier ne se déplace qu’en ligne droite et ce crétin de panda se croit spirituel en l’imitant.

Il est impossible de placer plus d’un aménagement sur une case, certaines cases en ont un permanent. Il est possible de placer les canaux d’irrigation et les aménagements stockés lors de son tour, à volonté. De même qu’il est possible de révéler les objectifs réalisés lors de son tour, le joueur place alors les cartes devant lui, face visible.

Tactiques et coups foireuxTakenokoLorsqu’un joueur réalise son septième objectif, il « tue » la partie : les autres joueurs finissent le tour et les points de victoire sont décomptés. Celui qui a remplit les sept objectifs obtient une distinction de l’empereur et ajoute deux points de victoire à son total. Tout le monde compte pour voir qui a gagné.

Takenoko n’est pas un véritable jeu d’affrontement. Bien sûr il est possible d’envoyer le panda croquer les bambous qu’un autre vient de faire pousser. Mais si cela ne remplit pas un objectif personnel c’est une perte de temps et un troisième en profitera aux dépends des deux premiers. Ce n’est pas non plus coopératif, chacun développe le jardin avec ses buts personnels.

Il faut savoir être patient comme le serpent, malin comme le singe et opportuniste comme le scarabée pour profiter au mieux des actions des autres joueurs afin d’ajouter juste la petite touche qui permet de remplir ses objectifs à soi. Mieux encore il est totalement hilarant de laisser les autres remplir intégralement les conditions fixées par sa carte, il ne reste plus qu’à la brandir avec un air rusé et conquérant, tel le crotale qui se dresse devant le nid de l’oisillon aux premières lueurs du jour.

Les nombreux petits choix tactiques permettent d’optimiser les détails, plaçant un joli petit canal ici, croquant un bambou par là, faisant pousser un bambou rose au fond. Mais l’essentiel est dans les cartes objectifs. Il faut savoir être à l’affût des opportunités pour les réaliser au plus vite car le jardin évolue sans cesse.

Par ailleurs, il faut assez vite prendre d’autres objectifs, en panachant des objectifs faciles mais qui rapportent peu et des trucs durs (quatre bambous jaunes sur une case avec une clôture anti-panda par exemple) qui donnent beaucoup de points de victoire. Celui qui essaye de remplir d’abord ses trois objectifs initiaux va s’enfermer dans une stratégie limitée et passer à côté d’opportunités que d’autres cartes auraient exploité.

Il faut se méfier du syndrome du poireau, à savoir rester dans son jeu personnel, se battre contre les éléments, pour remplir ses objectifs et ne pas décoller de cela. Parce qu’au final, le score sera bien une comparaison et ce que les petits camarades ont fait sera prépondérant. Observer un minimum leur jeu peut permettre d’essayer de les contrer, au moins un peu, tout en remplissant ses objectifs.

En prime, découvrez l’interview d’Erwan du studio Bombyx, co-éditeur de Takenoko, au micro de B52.

 

Avatar de GlobulL’avis de Globul
Takenoko est extrêmement séduisant, le jeu est beau, construire et irriguer un jardin en commun est une noble tâche et chacun s’émerveille de voir les bambous grimper et le panda grignoter tout ce qui lui passe sous le nez. La mécanique de jeu est fluide sans être simpliste, tout en étant accessible, du beau boulot… en même temps Antoine Bauza a aussi signé 7Wonders qui tourne bien aussi.

À n’en pas douter cela permet d’envisager des parties réellement familiales où le jeu ne tourne pas à l’affrontement mais plutôt à la découverte commune sur fond de défi personnel. Les joueurs plus chevronnés peuvent par contre regretter le manque d’actions possibles contre les autres. Il est difficile de percer à jour les objectifs de ses adversaires et de les contrer.

Takenoko a reçu l’As d’or de Cannes 2012 et je pense qu’il le mérite notamment parce qu’il apporte une dose de fraîcheur, c’est un jeu original, un peu décalé, bien réalisé et très bien illustré. Pas le gros jeu ultime, mais par contre un jeu accessible pour tous, quelque soit leur culture ludique.

 

L’avis de Lidael
Testé sur un coin de table chez les Trolls de jeu au festival de Cannes 2012, je me suis émerveillée – comme tout le monde – devant le matériel du jeu et la petite BD d’introduction dans le livret de règles. À vrai dire, j’ai peut-être plus passé de temps à prendre en photo le matériel qu’à vraiment jouer, il me faudrait d’autres parties pour vraiment me faire une idée complète sur le jeu. Takenoko laissera un peu sur leur faim les gamers, mais sera idéal pour faire découvrir les jeux de société modernes à des personnes qui n’ont pas dépassé le Scrabble. Idéal à jouer avec des enfants, Takenoko c’est vraiment sooooo cute !

 


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Globul

[Fondateur & rédacteur] Gnome donc joueur, le Globul a épuisé ses grands-parents aux petits chevaux et au Monopoly, écumé les magasins de jeux depuis des décennies, raflé la série Cry Havoc, mémorisé les Casus Belli et tartiné des règles de wargame en VO au p'tit-dèj. Les jeux d'aujourd'hui sont rudement bien, accessibles et peuvent se jouer sans travailler le scénar pendant 15 jours complets. Yup !

2 Commentaires

  • Répondre avril 3, 2012

    Guillome

    Voici un jeu que nous avons découvert en version surdimmensionnée lors du 1er festival de jeux de Vouneuil sous Biard ! Bien sympa !

  • […] pour compter les points de victoire ou par exemple. Par contre certains jeux en abusent. Dans Takenoko par exemple on a à la fois des petits canaux d’irrigation en bois basique, mais aussi de superbes […]

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