ESSEN 2012 – Spiel au bon endroit

La mission était simple, se faire parachuter en terre étrangère, à Essen, du côté de la Ruhr, pour observer, écouter, enregistrer et surtout comprendre ce qui se faisait du côté du Spiel’12, le plus grand salon européen consacré au jeu, qui vient d’avoir lieu du 18 au 21 octobre 2012.

 

 

Essen – Open the box

Alors dans la grande boîte blanche et grise posée à Essen, on trouve au début tout un tas de grands halls, 12 en tout mais le Spiel n’en occupe qu’une dizaine. Dedans il y a des stands et des allées.

Du côté des stands il y a bien sûr ceux qui offrent des jeux. Pour l’amateur lancé dans la quête de la boîboîte, il n’est pas toujours très utile de savoir qui la lui propose, mais le Gobelin est un curieux.

Certains stands sont habités par des créateurs de jeux venus faire tester leurs créations et trouver un éditeur ou un distributeur. C’est l’occasion d’essayer des prototypes ou de repartir avec un jeu de présérie. La qualité est très inégale mais somme, toute avoir un contact direct avec le créateur est rare dans notre société et puis l’on peut donner son avis, ses idées, faire avancer le schmilblick quoi.

Après, il y a les stands des éditeurs et des distributeurs de jeux. Là on arrive à du sérieux, les décors sont plus jolis et les boîtes de jeux s’alignent fièrement derrière les habitants du lieu. Vous aurez plus de mal à prendre place à l’une des tables de test. Le créateur du jeu peut ceci dit traîner dans les environs. Selon les cas c’est un être inaccessible et vénéré, une machine à gribouiller de l’autographe, un gamer encyclopédique ou un colosse armé d’une double hache. Votre avis sur le jeu sera le bienvenu, mais moins que les chiffres de fréquentation et de vente.

Le Gobelin Rose était venu pour eux, les créateurs, les éditeurs et les distributeurs de jeux, ceux qui impulsent le tempo du monde du jeu, mais Essen ce n’est pas que cela, loin de là.

Le pouvoir d’attraction d’Essen c’est aussi celui d’une grande foire aux jeux. Des tas de stands sont des magasins proposant des jeux, des grands classiques, les nouveautés du salon, des accessoires, bref un peu de tout. La lutte est bien sûr farouche sur les prix et le public frémit au rythme des baisses opérées au fil du salon. Certains stands se spécialisent sur les jeux d’occasion avec parfois une présentation digne du pire des greniers mal rangés. Inconvénient important tout de même, les jeux sont très majoritairement en allemand et anglais.

 

Trucs bizarres et êtres étranges

Une fois les grandes lignes tracées, il faut emprunter les allées. Pas simple pour un gnome car le public d’Essen est plutôt grand et nombreux. Le ravitaillement ne pose pas problème, de multiples stands proposent des snacks, des bretzels, des saucisses, des pizzas, etc.

Aller au fond du salon peut prendre du temps mais cela vaut le détour, notamment si vous avez l’intention de revenir avec une morningstern à deux mains en latex ou si votre collection de DC Comics en allemand est incomplète. De nombreux stands proposent des vêtements médiévaux, des armures, des extensions pour jeu de rôle, des petits chars tout mignons et tout et tout.

Aller traîner dans ces coins expose ceci dit à des rencontres étranges, allant du squad de Stormtrooper au barbare gladiateur en passant par le couple de vampires steampunk, sans oublier quelques fans de mangas flashant sur les leggings roses fluo. L’imagination est une chose exceptionnelle, certains parviennent à la matérialisation avec plus ou moins de réussite, mais au moins sont-ils tous à fond dedans.

 

 

 

Essen – microcosme de l’économie ludique

Pour les pros du secteur ludique, Essen est une référence, il faut aller à Essen ou, mieux encore, être à Essen. Le salon est l’occasion de lancer un jeu, de serrer des mains, de négocier du contrat ou de relancer un jeu qui n’a pas rencontré son public.

Bien sûr le jeu de plateau et les jeux dits classiques représentent un petit secteur économique, sans rapport avec les grosses industries comme l’automobile. De même une comparaison avec le salon du jeu vidéo de Cologne, la Gamescom, montre que les enjeux financiers sont ici bien moindres.

Essen est pourtant l’occasion de lancer un jeu, de créer le buzz. Un jeu qui a bien marché à Essen va s’y faire une réputation qui se traduira en ventes. Bon nombre de boutiques vont remplir les étagères des nouveautés qui ont bien marché à Essen.

Le souci du commun des gamers, mais aussi des différents professionnels, est de flairer les tendances et de les accompagner. Se faire un avis soi-même est une chose, mais il est difficile de faire plus de cinq parties de jeux différents dans une journée au salon et chacun sait que ses goûts personnels ne sont pas forcément des données généralisables. Restent l’intuition, le nez, la chance, la connaissance des jeux précédents de l’auteur ou de l’éditeur.

 

 

Classements ludiques ?

Deux stands visent à sortir du brouillard et de l’à peu près. Ils sondent les préférences des visiteurs du salon de manière à trouver un palmarès des jeux du moment, chose très recherchée par tous.

Boardgamegeek alignait une batterie de quatre ordinateurs portables. Chaque visiteur désireux de donner son avis sur les nouveautés recevait une carte avec un code et pouvait accéder à une interface listant les jeux et y distinguer ses préférés par un like de type Facebook. La somme des like donnant un classement des jeux, réactualisé en direct.

Le stand du magazine Fairplay a lui une approche plus classique, il propose de laisser ses coordonnées et de remplir une petite grille des jeux que l’on a vraiment testés, en les notant de 1 (super) à 6 (sombre ratage). Au final sort une liste des jeux qui ont la meilleure note moyenne.

Ces deux thermomètres permettent donc de jauger les meilleurs jeux d’Essen, avec deux approches un peu différentes mais complémentaires. De cela découle une tendance, notamment utile pour ceux qui doivent miser dessus ou faire des choix, ou qui ne sont tout simplement pas venus à Essen et veulent remplir leur ludothèque/boutique/armoire.

En tant que Gobelin il faut parfois savoir compter et réfléchir. Les chiffres de fréquentation du salon d’Essen varient entre cent et deux cents mille visiteurs, ce qui représente beaucoup de joueurs venus d’Allemagne et d’une bonne partie de l’Europe.

Cette année le meilleur jeu du palmarès Boardgamegeek recueille 198 like et le dixième de la liste en a 83. De même la liste Fairplay distingue dix jeux, lesquels ont eu moins de cent notes individuelles. Autant dire qu’on recueille un verre d’eau du Pacifique pour déterminer la météo de l’année à venir.

 

 

 

Accusé Thermomètre levez-vous

Ces classements ont le mérite d’exister et leur méthodologie est pertinente, mais au final l’étroitesse de l’échantillon fausse ipso facto les résultats. Un bus de fans de Munchkin passe et hop c’est le hit de l’année, quelque part c’est un souci (encore que les gnomes sont cool dans Munchkin).

Le constat est assez déprimant puisqu’il aboutit quelque part à la surexposition de jeux qui ne le méritent sans doute pas, à l’ostracisation de jeux qui eux auraient dû percer et à maintenir l’économie du secteur dans le flou car la déception n’est pas l’amie du joueur.

Il faut absolument que ces palmarès soient plus mis en valeur et boostés par l’organisation ou les grands acteurs du salon, de manière à obtenir un échantillon bien plus important et donc une vraie visibilité sur la réussite des jeux et les goûts du public, ce qui sera au final profitable à tous.

http://fairplay-online.blogspot.fr/
http://boardgamegeek.com/geekbuzz/overview


Suggestions de lecture

Globul

[Fondateur & rédacteur] Gnome donc joueur, le Globul a épuisé ses grands-parents aux petits chevaux et au Monopoly, écumé les magasins de jeux depuis des décennies, raflé la série Cry Havoc, mémorisé les Casus Belli et tartiné des règles de wargame en VO au p'tit-dèj. Les jeux d'aujourd'hui sont rudement bien, accessibles et peuvent se jouer sans travailler le scénar pendant 15 jours complets. Yup !

2 Commentaires

  • Répondre octobre 22, 2012

    Geoffroy

    Merci pour cet article (différent de tous les autres !).
    Pour la dernière section, est-ce une manière d’avoir le même avis qu’Olivier et Jérémie sur Escape ?

  • Répondre octobre 23, 2012

    Globul

    Non la dernière section n’est pas une manière de critiquer Escape, ni d’avoir le même avis que quelqu’un d’autre. Il faut bien intégrer le fait que mon avis est le mien à moi, et qu’il s’agit plus d’une analyse générale de ces palmarès. Je n’ai rien contre leur résultat en particulier, je pense juste que leur pertinence est très limitée par la taille de l’échantillon recueilli.

    Concernant Escape je ne l’ai pas testé, je m’abstiens donc de tout avis. Le thème “Indiana Jones” me plaît bien, la mécanique est originale, pour en dire plus il faut essayer vraiment.

Laissez une réponse