LE PETIT PRINCE – Apprivoisez les baobabs

Le Petit Prince
Auteur(s) : Bruno Cathala, Antoine Bauza
Illustrateur(s) : Antoine de Saint-Exupéry
Éditions :
Mécanisme(s) : , ,
Thème : Conte
Année : 2013
À partir de 8 ans -2 à 5  joueurs
Durée de partie : 25 min.

 

On ne nous la fera pas deux fois

Le Petit Prince, souvenez-vous, on vous a forcément raconté cette histoire quand vous étiez petit. Un aviateur tombé dans le désert, un enfant qui veut qu’on lui dessine un mouton, le renard à apprivoiser et toutes ces planètes habitées par des tarés. Et c’est poétique et c’est philosophique et les dessins ils sont jolis et forcément tout le monde aime. Ben oui, c’est quand même du conte rudement bien fait, il faut avouer et les aquarelles de Saint-Exupéry aussi. Mais en terme de jeu, ça donne quoi Le Petit Prince, qu’est-ce qu’il y a à jouer là dedans ? Un concours de dessins de moutons ? Le concours de la question la plus tordue ?

Non, non et non, il va falloir bâtir une planète pour le Petit Prince, ni plus ni moins. Comme c’est un peu dur on va commencer par la dessiner, par l’assembler et chacun va essayer d’en faire une mieusse que celle des autres.

 

Le petit Prince : mécanismes de jeu

Dessiner une planète n’est pas compliqué, on a des morceaux de planètes prédécoupés, il suffit d’assembler douze tuiles pour en faire une. Il y a des tuiles de centre de planète, il en faut quatre. Il y a aussi des tuiles de bords, des bords droit et des bords gauche, il en faut huit en tout. Ensuite, et c’est là toute la subtilité du jeu, la planète ne sera complète qu’une fois entourée de quatre personnages, disposés aux coins. On dirait qu’ils supervisent le chantier et leur avis va être très important pour déterminer le score.

Le Petit Prince

À la surface de la planète se trouvent divers éléments issus du conte, des réverbères, des couchers de soleil, des volcans, toute une ménagerie de moutons, renards, serpents, sans oublier des roses et des baobabs. En fin de partie, une fois les planètes complètes, il faudra compter les points qu’elles rapportent, en fonction des éléments qu’elles abritent… ou plutôt en fonction de l’appréciation des personnages qui sont placés autour sur ces mêmes éléments.

L’un des personnages est l’Allumeur de réverbères, il donnera un point par réverbère présent sur la planète. L’Astronome donnera deux points par coucher de soleil. La mécanique de construction se révèle donc être double, il faut en simultané édifier la planète et placer des personnages qui valorisent les éléments déjà placés et ceux à venir. Voilà qui est plutôt subtil car il ne faut pas placer un personnage trop vite au risque de révéler ses préférences trop tôt à toute la tablée. Inversement rassembler d’abord les éléments puis chercher le personnage peut être dangereux car rien n’assure que l’on aura celui-ci.

 

La Rose ça pique

Si la plupart des éléments sont comptés par accumulation, il en est trois qui échappent au modèle commun. D’abord la rose. Comme le dit le Petit Prince, ce n’est pas n’importe quelle rose, elle est unique sa rose. Le roi est le personnage qui compte les rose, il rapporte quatorze points s’il y a une rose sur la planète, mais seulement sept s’il y en a deux et plus rien ensuite. Tenter la rose est un coup de poker.

Les volcans sont à éviter car ils peuvent apporter un malus. En fin de partie le joueur qui en aura le plus perdra autant de points qu’il a de cratères sur sa belle planète. Pollueur !
Mais ce n’est rien car il y a pire, il y a les baobabs. Cela n’a l’air de rien mais le baobab recèle une menace latente. Un ou deux baobabs peuvent cohabiter, ils peuvent même rapporter des points grâce au personnage du jardinier. Mais si vous avez trois baobabs c’est la catastrophe, ils détruisent leurs trois cases qui sont retournées et resteront vierges, là c’est rude. Encore que, si vous avez l’Ivrogne chacune des cases vierges vous rapporte trois points. Mais franchement, jouer au Petit Prince pour gagner avec des tactiques d’ivrogne, ce n’est pas joli-joli !

 

Se prendre une tuile

Bien sûr c’est dans le choix des tuiles qu’il faut performer si l’on ne veut pas créer une planète minable. Le mécanisme est simple. Le premier joueur prend autant de tuiles qu’il y a de joueurs, les montre, en choisit une et désigne celui qui choisit la suivante. Ainsi de suite jusqu’au dernier qui n’aura pas le choix cette fois-ci, mais devient premier joueur du tour prochain.

 

Tactiques et coups foireux

Choisir des tuiles pour accumuler les moutons ou les réverbères, essayer d’attraper le bon personnage qui valorisera ses bestioles comme le Petit Prince ou le Chasseur, voilà qui demande de l’attention. Pour autant il ne faut pas négliger les volcans et les baobabs, car là il y a risque de perdre des points.

Le Petit Prince

Mieux encore une bonne gestion des baobabs doit permettre de glisser quelques peaux de bananes aux autres en cours de partie. Ce n’est pas poétique du tout de raser les cases des autres, c’est limite méchant même, mais n’empêche que ça fait bien marrer ! Attention aussi à ceux qui ont l’air de panacher un peu, certains personnages comme l’Astronome Turc (étoiles) ou le Géographe (cases sans volcans) peuvent apporter pas mal de points.

Comme toujours dans ce genre de jeu, il faut mener sa barque et regarder sans en avoir l’air ce que font les autres, histoire de calmer un peu ceux qui caracolent trop vite vers la victoire. Évidemment les décomptes apportent leur lot de surprises, une rose ou un baobab ont vite fait de tout changer.

 

Au Festival des jeux de Cannes 2013, nous avions rencontré l’auteur et l’éditeur du jeu.

 

 

globulL’avis de Globul
Plutôt bien trouvée l’idée de construire une planète, carrément raccord avec l’histoire du Petit Prince. Les illustrations de Saint-Exupéry sont toujours aussi chouettes, surtout ce renard ! Pour autant le jeu évite l’écueil de la mièvrerie ou de la morale à deux balles.
Pas d’affrontement à coups d’armée de moutons se balançant des réverbères, on reste dans un cadre compétitif, avec en plus le plaisir personnel de construire sa petite planète, c’est bête à dire mais ce côté construction personnelle apporte beaucoup, une forme de joie simple, même si au final on se fait bâcher au score par tous les autres. Un jeu où l’on aime perdre, c’est plutôt bon signe non ?

 

 

 


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Globul

[Fondateur & rédacteur] Gnome donc joueur, le Globul a épuisé ses grands-parents aux petits chevaux et au Monopoly, écumé les magasins de jeux depuis des décennies, raflé la série Cry Havoc, mémorisé les Casus Belli et tartiné des règles de wargame en VO au p'tit-dèj. Les jeux d'aujourd'hui sont rudement bien, accessibles et peuvent se jouer sans travailler le scénar pendant 15 jours complets. Yup !

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