Hippo Gloutons vs Monopoly

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Ha, la douce nostalgie des jeux de notre enfance, quand, une fois oubliés les gros cubes de couleur à empiler (et croquer, balancer, piquer au voisin aussi), on arrive aux jeux dits nobles, ceux que l’on destine à un public nettement plus mûr, plus high level au niveau ludico-cérébral voyez vous.

Donc dans ces années là, point de Dixit, de Pix ou de piafs énervés, il y avait au choix le Monopoly et le Monopoly, sinon c’était direct le club d’Échec ou de Scrabble, dur. Le Monopoly avait au moins l’air d’un jeu, avec son grand plateau, ses pions basiques ou fantaisie (évidemment j’avais la version basique, celle des fauchés, déjà c’est bad luck avant d’avoir commencé à jouer).

 

Monopoly, ton univers pitoyable

Plus important que tout au Monopoly, et ça, chacun le comprend vite fait, il y a les liasses, le flouze, le grisbi. Des petites billets bien sûr, mais ce qui va permettre de claquer sévère, c’est la top-coupure, le 50 000 et encore, on était en francs, pas seulement capables de conceptualiser l’euro, c’est dire la marge d’évolution qui restait. Donc au Monopoly, gaiement, en famille et entre copains, on apprenait à se ruiner les uns les autres, à accumuler les opérations immobilières limite pour arriver à avoir une position dominante sur toute une allée, histoire de racketter un maximum les copains de passage. Du bandit de grand chemin ayant pignon sur rue en somme. Les gares, l’énergie, les concours de beauté, les quartiers huppés, tout y passait pour amasser, ruiner les autres et les envoyer en taule pour parfaire le tout…

He oui, derrière les petites maisons vertes et rouges se cachait en fait un réel programme éducatif, celui du chacun pour soi, de la concurrence débridée, où il faut expulser son voisin, le calomnier, l’envoyer en prison. Manquait plus que les laveries, l’alcool et les filles et c’était Chicago au temps de la Prohibition !
Stratégique le Monopoly ? À première vue on peut éventuellement y penser, mais regardez un peu le plateau, c’est une succession d’allées, un parcours imposé et linéaire. Pas moyen d’y échapper, le parrain de la rue de la Paix vous attend pour payer la taxe, sans parler du petit Caïd de Courcelles. Sérieux, la seule stratégie c’est la pile de billets rouges et le meilleur c’est Jojo les doigts de fée aux dés.

Un peu de sérieux, le Monopoly c’était bon pour les futurs radins, escrocs ou traders, tous ceux que le capitaine Haddock regrouperait dans la piètre catégorie des « Marchands de guano ».

 

Un jeu ? Non, LE JEU !

Un autre jeu s’est bâti une solide réputation dans ces années là. Non, pas le Docteur Maboul ou cette pitrerie nommée Othello, le seul vrai jeu proposant un défi stratégique !
Risk ? Mais sortez ce malotru !

Il s’agit ni plus ni moins d’Hippo Gloutons, je demande d’ailleurs au lecteur une minute de silence car il paraît que l’espèce est menacée, la rançon du succès je le crains, l’indigestion peut aussi être fatale chez les Hippopotamidae. Il convient d’ailleurs de préciser notre propos, rien de pire que l’approximation quand on aborde des sujets aussi sérieux.

Les Hippopotamidae forment une famille relativement proche génétiquement des cétacés. De nombreuses espèces sont disparues mais il en existe toujours deux espèces vivantes, l’espèce la plus connue, l’Hippopotame dit amphibie et l’Hippopotame nain. Ce sont des animaux aquatiques massifs au corps en forme de tonneau. (Wikipedia)

Hippo Gloutons n’était bien sûr qu’une représentation à échelle réduite. L’auteur avait basé sa création sur un proto utilisant de réels hippopotames mais à raison de trois tonnes par animal les frais de port s’avéraient, aux dires de l’éditeur, un tantinet excessifs.

L’univers d’Hippo Gloutons est assez petit, car les vrais enjeux du monde se décident en petit comité. Chacun est à égalité sur un des côté de l’univers, lequel est plat c’est connu. Les hippos arborent fièrement leurs couleurs, comme les quadriges des courses du cirque Maxime ou les quartiers de Florence, comme autant de chevaliers en lice. Rose, Orange, Vert, Jaune, pas un de plus, pas un de moins. Aujourd’hui certains sont délavés mais sous la patine leur âme de plastique est intacte. Notez au passage la plastique avantageuse des animaux, toute en bio-design et néanmoins évocatrice d’une animalité à peine contenue.

 

Quatre fantastiques hippos

Le Rose c’est la féminité mais aussi les épines, il faut s’en méfier. Certains l’associent à l’élément marin du fait de la couleur de certains lacs salés africains.

Le Vert c’est l’animal au naturel, le bestiau bon gars. La terre est son élément de prédilection. Relativement lent mais puissant, il ne lâche jamais sa proie.

L’Orange c’est le plus rapide, le belliqueux, le feu qui dévore mais se consume vite. Il gagne vite ou perd vite, mais au moins c’est bref.

Le Jaune c’est le poète, associé à l’Air. Peu de gens savent utiliser son réel potentiel. C’est un peu le joueur de flûte de Hamelin du jeu. S’en méfier il te faudra.

D’autres couleurs avaient paraît-il été envisagées mais cela aurait interdit le jeu aux plus jeunes, un hippo tout rouge ou tout noir, ça dégage beaucoup trop pour les minots. Les testeurs y ont paraît-il laissé sinon  la vie du moins quelques doigts.

 

Duel de baleines

Voilà nos quatre animaux qui se regardent en chiens de plastique. Au centre sont regroupés des petites boules blanches. Il s’agit bien sûr d’œufs de caïman, la nourriture préférée des hippos, au point d’en devenir une quasi dépendance. De leurs petits yeux cruels les grands animaux se dévisagent, se jaugent. Quand le sabre est sorti du fourreau on dit qu’il est mort, de même un hippo qui se lance trop tôt, trop vite, est certain de perdre.

Le regard, voilà l’arme du duel. En duel à quatre le strabisme divergent est une arme absolue, rares sont ceux qui ont ce don. Et puis soudain c’est l’hallali, sur un signal ancestral perçu d’elles seules les grandes bêtes se sont toutes lancées, gueule grande ouverte, dents saillantes, et déjà elles moissonnent parmi les innocentes boules blanches.

Il faut noter que plusieurs écoles culinaires existent. Il y a glouton et glouton. Le vorace fonce sans réfléchir, sa violence l’aveugle parfois et ses mouvements peuvent chasser des boules. Le malin va profiter des mouvements des autres en gardant la gueule grande ouverte, recueillant par là-même les boules que les autres poussent dans leur précipitation. Grande bouchée, petite bouchée rapide, c’est selon.

Une chose est sûre, l’enfer vient de se déchaîner, le son est assourdissant. Le vainqueur sera celui qui parviendra à garder son calme, à viser, à croquer, à choper alors que le bruit, les tremblements du sol et les cris des animaux sont à leur paroxysme. Là, dans ces conditions difficiles, alors que le danger rôde, celui qui continuera à réfléchir et à appliquer son plan de campagne, celui là sera roi !

Bien sûr pour conjuguer ces hautes qualités intellectuelles, physiques et surtout morales, il faut de bonnes prédispositions et un sacré entraînement. Les meilleurs parmi les meilleurs (best of the best of the beast en anglais) y consacrent leur vie, ni plus ni moins. Avantage indéniable, point n’est besoin d’apprendre à lire ou écrire, l’Hippo Glouton est un instinct, essayer de le canaliser dans un alphabet est non seulement une perte de temps mais aussi un handicap.

 

À la poursuite du Glouton perdu

Sincèrement, rares sont les maîtres hippo encore en vie dans la galaxie, mais si les hippos sont pour la plupart usés et défraîchis, leur idéal est toujours présent et leur appétit ne s’est point tarit. Monopoly, oui, bien sûr, il a du succès, mais c’est un jeu de gamins malhonnêtes se chamaillant pour des broutilles. Hippo Gloutons est une quête, une morale et une philosophie à la fois, c’est tout de même autre chose non ?

 

Liens vers les articles des autres sites participants :
Manalaspielt (ddschutz)
UltraLord

Les dessous du troll
Le chabronchi
Le trou à rat
La taverne du jeu

à venir
Proxijeux 
blogjeuxsocieté

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Globul

[Fondateur & rédacteur principal] Gnome donc joueur, le Globul a épuisé ses grands-parents aux petits chevaux et au Monopoly, écumé les magasins de jeux depuis des décennies, raflé la série Cry Havoc, mémorisé les Casus Belli et tartiné des règles de wargame en VO au petit-dèj. Les jeux d'aujourd'hui sont rudement bien, accessibles et peuvent se jouer sans travailler le scénar pendant 15 jours complets. Yup !

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